« Tout le monde me dit que j’ai de la chance. »

2/15/20262 min read

Quand tout semble aller bien… mais que quelque chose sonne faux

Un bon poste. Une stabilité. De la reconnaissance. Sur le papier, tout va bien.

Et pourtant… une impression persiste. Celle de ne plus être exactement à la bonne place.

Ce décalage est discret. Il ne fait pas de bruit. Il ne s’accompagne pas forcément de conflit ni d’échec visible. Il s’installe doucement, presque silencieusement. Alors la personne doute. D’elle-même surtout. Elle se demande si elle n’est pas devenue trop exigeante. Trop sensible. Ingrate.
Elle relativise. Elle minimise. Elle se tait. Parce que quand tout semble aller bien, on apprend qu’on n’a pas le droit d’aller mal.

Le malaise des situations enviables

Beaucoup de personnes traversent une période de trouble dans des contextes objectivement favorables. C’est précisément ce qui rend leur malaise difficile à reconnaître. Il n’y a pas de conflit ouvert, pas d’effondrement spectaculaire, pas de licenciement en vue..

Il y a simplement une sensation persistante : “Ce n’est plus tout à fait moi.”

Or, le travail n’est pas seulement un ensemble de missions. Il touche à l’identité, aux valeurs, au rythme de vie, au sentiment d’utilité. Quand ces éléments évoluent en nous, il est normal que notre environnement professionnel ne corresponde plus exactement.

Ce n’est pas un caprice. C’est une évolution.

Ce qui convenait il y a cinq ou dix ans peut ne plus correspondre aujourd’hui. Les priorités changent. Les aspirations se précisent. Le rapport à l’autorité, à la performance, au sens évolue. Ce décalage n’est ni une faiblesse ni un manque de gratitude. C’est souvent le signe qu’une évolution intérieure a déjà commencé.

Le problème n’est pas le poste en soi, c’est l’écart entre ce que l’on fait et ce que l’on est devenu.

Ignorer cet écart ne le fait pas disparaître. Cela l’amplifie. Et c’est souvent ce silence intérieur qui finit par épuiser.

Pourquoi “tout va bien” empêche parfois de s’écouter

Lorsque la situation est stable et reconnue socialement, il devient plus difficile de s’autoriser à questionner. On craint le jugement. On redoute d’être incompris. On se dit qu’on devrait se satisfaire de ce que l’on a. Mais l’équilibre professionnel ne se mesure pas uniquement en sécurité ou en statut.
Il se mesure aussi en cohérence. Se sentir aligné, ce n’est pas avoir plus. C’est se reconnaître dans ce que l’on fait.

Et maintenant ?

Il ne s’agit pas forcément de tout quitter. Ni de prendre des décisions radicales. Il s’agit d’abord de comprendre. Comprendre ce qui a changé. Identifier ce qui n’est plus juste. Mettre des mots sur ce qui semblait flou. Parfois, la simple clarification suffit à transformer la manière d’habiter son poste. Parfois, elle ouvre vers une évolution plus concrète. Dans tous les cas, le malaise mérite d’être entendu.

Si ces mots résonnent, ce n’est probablement pas un hasard.

Paule Santa A.